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Afrique 2025 : une économie sous tension, entre résilience structurelle et fragilités systémiques

Afrique 2025 : une économie sous tension, entre résilience structurelle et fragilités systémiques

L’économie africaine traverse une phase charnière. Après le choc pandémique, les effets en cascade de la guerre en Ukraine, le durcissement monétaire mondial et l’accélération des transitions énergétiques, le continent affiche une croissance qui, si elle reste supérieure à la moyenne mondiale, dissimule de profondes disparités et des vulnérabilités structurelles persistantes. Derrière les chiffres agrégés, se dessine une Afrique à plusieurs vitesses, prise en étau entre contraintes financières, pressions sociales et recompositions géoéconomiques.

Selon les dernières estimations de la Banque africaine de développement (BAD), la croissance moyenne du continent devrait s’établir autour de 3,8 % en 2024-2025, contre environ 3 % pour l’économie mondiale. Cette performance relative alimente un discours optimiste récurrent sur la « résilience africaine ». Mais pour de nombreux analystes, cette résilience est d’abord mécanique : elle repose sur la démographie, l’urbanisation rapide et l’exploitation de ressources primaires, plus que sur une transformation structurelle profonde des économies.

Une croissance tirée par quelques pôles, pas par le continent

Les faits marquants de l’année confirment une concentration géographique de la croissance. Les économies d’Afrique de l’Est (Éthiopie, Kenya, Tanzanie, Rwanda) et certaines d’Afrique de l’Ouest non sahélienne (Côte d’Ivoire, Bénin, Sénégal) continuent d’afficher des taux supérieurs à 5 %. À l’inverse, l’Afrique centrale reste engluée dans une croissance molle, pénalisée par la gouvernance des secteurs extractifs, tandis que l’Afrique australe subit de plein fouet la crise énergétique sud-africaine.

D’après le FMI, plus de 60 % de la croissance africaine est aujourd’hui portée par dix pays seulement. « L’Afrique ne croît pas en bloc ; elle croît par îlots », résume un économiste senior basé à Nairobi, soulignant que cette concentration accroît les déséquilibres régionaux et les tensions migratoires internes.

La dette, talon d’Achille du cycle actuel

Le principal facteur de vulnérabilité demeure l’endettement. La dette publique moyenne africaine dépasse désormais 60 % du PIB, avec des situations critiques dans plusieurs pays. Selon la Banque mondiale, près de 22 pays africains sont soit en situation de surendettement, soit à haut risque de l’être.

La nature même de la dette a changé. L’Afrique s’est progressivement tournée vers des créanciers privés, des eurobonds à taux élevés et des financements non concessionnels, notamment en provenance de la Chine et, plus récemment, du Moyen-Orient. Résultat : le service de la dette absorbe parfois plus de 20 % des recettes budgétaires, comme au Ghana, en Zambie ou au Nigeria.

Pour un ancien cadre du Trésor nigérian, « la marge de manœuvre budgétaire est aujourd’hui quasi inexistante. Les États arbitrent entre payer les créanciers et maintenir la paix sociale ». Cette contrainte explique en partie la multiplication des réformes fiscales impopulaires, l’élargissement brutal de l’assiette fiscale et la réduction des subventions, notamment sur les carburants.

Inflation, pouvoir d’achat et bombe sociale

L’inflation reste un autre fait marquant majeur. Si elle a commencé à ralentir dans certains pays, elle demeure structurellement élevée. En moyenne, l’inflation en Afrique subsaharienne dépasse encore 12 %, avec des pics au-dessus de 20 % dans des pays comme l’Éthiopie, le Nigeria ou le Malawi, selon les données du FMI.

Cette inflation est d’autant plus déstabilisante qu’elle touche prioritairement les produits alimentaires. Or, la BAD estime que plus de 60 % des Africains consacrent la majorité de leurs revenus à l’alimentation. « L’Afrique ne fait pas face à une simple crise économique, mais à une crise du coût de la vie », analyse une économiste basée à Dakar, pointant le lien direct entre inflation, contestations sociales et instabilité politique.

Ressources naturelles et transition énergétique : opportunité ou mirage ?

Le regain d’intérêt mondial pour les minerais stratégiques (lithium, cobalt, nickel, terres rares) a replacé l’Afrique au cœur des chaînes de valeur de la transition énergétique. La RDC concentre à elle seule près de 70 % de la production mondiale de cobalt, selon l’Agence internationale de l’énergie. Le Zimbabwe, la Namibie et le Mali émergent comme des acteurs clés du lithium.

Mais là encore, les analystes mettent en garde contre une répétition du modèle extractif classique. Faible transformation locale, contrats opaques, dépendance aux cours mondiaux : les risques de « malédiction des ressources » demeurent élevés. « Sans industrialisation réelle, la transition énergétique pourrait être une occasion manquée de plus », avertit un rapport récent de la CNUCED.

Une Afrique courtisée, mais toujours périphérique

Enfin, l’année a confirmé l’intensification de la compétition géoéconomique sur le continent. Chine, Russie, Turquie, pays du Golfe, Union européenne et États-Unis multiplient initiatives, sommets et financements. Pourtant, la place de l’Afrique dans le commerce mondial stagne autour de 3 %, selon l’OMC.

Pour plusieurs analystes, le cœur du problème reste interne : faiblesse des institutions, fragmentation des marchés, lente mise en œuvre de la ZLECAf et déficit de confiance entre États et acteurs privés. « L’Afrique est courtisée, mais elle ne pèse pas encore », tranche un banquier panafricain.

Conclusion : une fenêtre étroite pour changer de trajectoire

L’économie africaine n’est ni en crise terminale, ni sur une trajectoire miraculeuse. Elle se situe dans une zone grise, où les marges d’erreur se réduisent. La décennie en cours pourrait soit consacrer une transformation structurelle — via l’industrialisation, l’intégration régionale et l’investissement productif — soit enfermer le continent dans une croissance fragile, socialement explosive et politiquement coûteuse.

Comme le résume un haut responsable de la BAD : « L’Afrique a encore une fenêtre d’opportunité. Elle est étroite. Et elle ne restera pas ouverte longtemps. »