Cameroun : retrait de 53 permis aurifères - FINECO Cameroun : retrait de 53 permis aurifères - FINECO

Cameroun : retrait de 53 permis aurifères

Le Cameroun a retiré 53 permis de recherche d’or afin de renforcer le contrôle de l’État sur un secteur minier marqué par des exploitations illégales et d’accroître les recettes publiques issues de l’or, dans le cadre d’une stratégie de réforme visant à assainir la filière.

La décision, annoncée dans un communiqué publié le 30 juin par le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry, sanctionne des titulaires de permis accusés de ne pas avoir respecté les dispositions du Code minier.

Selon le ministère, plusieurs détenteurs de permis de recherche ont outrepassé le cadre juridique qui les autorise uniquement à conduire des travaux d’exploration et d’évaluation des gisements, sans pouvoir procéder à une exploitation commerciale. Les autorités estiment que cette dérive a favorisé une production aurifère échappant largement aux circuits officiels, privant l’État de recettes fiscales substantielles.

Le gouvernement affirme que des activités d’extraction ont été menées, parfois par l’intermédiaire de sous-traitants étrangers, principalement asiatiques, sans permis d’exploitation régulièrement délivré. Pour les autorités, le retrait des permis marque la fin d’une période de tolérance administrative et constitue le premier volet d’une opération plus large de remise en conformité du secteur.

L’ampleur des irrégularités est illustrée par les données du ministère, qui recense 175 sites aurifères non conformes dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Près de 200 opérateurs y exerçaient des activités illégales, dont plus de 95 % seraient d’origine étrangère.

Au-delà du renforcement du contrôle réglementaire, Yaoundé cherche à accroître la contribution du secteur minier aux finances publiques. Les autorités estiment qu’une meilleure structuration de l’exploitation artisanale de l’or pourrait générer, à terme, plus de 1 000 milliards de FCFA de recettes cumulées pour l’État.

La réforme vise également à réorienter le développement de la filière vers des projets industriels davantage encadrés, en réduisant progressivement le poids de l’exploitation artisanale informelle. Les autorités souhaitent instaurer un suivi plus rigoureux des volumes produits, renforcer les exigences de traçabilité et favoriser l’émergence d’opérateurs capables de développer des exploitations de plus grande envergure.

Cette offensive réglementaire intervient alors que plusieurs pays africains cherchent à mieux capter la rente minière dans un contexte de hausse de la demande mondiale pour les ressources naturelles et de pression accrue sur les finances publiques.

Des interrogations demeurent toutefois sur la portée de la réforme. À ce stade, aucune procédure judiciaire n’a été annoncée contre les opérateurs concernés. Pour plusieurs observateurs du secteur, l’efficacité de la mesure dépendra de la capacité des autorités à faire appliquer durablement les dispositions du Code minier et à accompagner les sanctions administratives de poursuites lorsque des infractions pénales sont établies.

Pour les investisseurs, cette décision traduit un durcissement du cadre réglementaire mais aussi la volonté des autorités camerounaises de renforcer la gouvernance du secteur extractif, un élément susceptible d’améliorer, à terme, la transparence et l’attractivité de l’industrie minière si les réformes sont appliquées de manière cohérente et prévisible.