Niger : Serge Ekué engage la BOAD à doubler son effort et scelle 60 milliards FCFA pour l’énergie et le riz
Il est venu à Niamey avec deux stylos et une promesse. Ce 28 juillet 2026, dans une capitale nigérienne que rares partenaires financiers osent encore afficher au premier rang de leurs priorités, Serge Ekué a paraphé, au nom de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) qu’il préside depuis août 2020, deux accords de prêts d’un montant cumulé de 60 milliards de FCFA. L’un irrigue le secteur de l’énergie, l’autre celui de l’agriculture. Ensemble, ils disent une conviction que le banquier béninois formé à HEC et passé par les salles de marché de Natixis à Londres martèle depuis son arrivée à Lomé : le développement ne se décrète pas à distance des difficultés, il s’y invite.
Le premier accord, adossé au projet de renforcement des capacités de production d’énergie électrique (PRECAP2E), mobilise 30,6 milliards de FCFA de concours de la Banque sur un coût global de 33,9 milliards. Derrière l’acronyme, une architecture énergétique pensée en mix : des centrales diesel, dont une de 23 mégawatts à Gorou Banda et deux unités de 6 mégawatts à Malbaza et Agadez, complétées par des mini-centrales solaires photovoltaïques et leurs batteries de stockage, déployées sur des sites vitaux de Niamey, du siège de la NIGELEC à l’hôpital national et à la maternité centrale Issaka Gazobi. À terme, ce sont 35 mégawatts de capacités additionnelles réparties entre les zones Fleuve, Niger Centre, Est et Nord. Autrement dit, de la lumière là où l’obscurité pèse sur les soins, l’école et la compétitivité des entreprises.
Le second accord finance, à hauteur de 30 milliards de FCFA, le renforcement des capacités d’intervention de l’Office national des aménagements hydro-agricoles (ONAHA). L’objectif est concret jusqu’à la tonne : équiper des brigades spécialisées de terrassement, de génie civil, de forages, de topographie et de laboratoire, pour élargir la base productive nigérienne d’au moins 50 000 tonnes de riz supplémentaires par an. Dans une région traversée par la récurrence des crises climatiques et les tensions sur les marchés agricoles, l’argument dépasse l’agronomie : il touche à la souveraineté alimentaire, cette ligne de crête que le président de la BOAD refuse de traiter comme une variable d’ajustement.

La constance d’un banquier là où d’autres temporisent
Ce qui frappe, dans la démarche de Serge Ekué, c’est justement la constance. Là où plusieurs bailleurs ont réduit la voilure depuis le retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la Cedeao, la Banque qu’il dirige a maintenu le cap de son partenariat avec Niamey. Un choix que les observateurs du secteur jugent aussi courageux que calculé. « La vraie signature politique de la BOAD sous Ekué, ce n’est pas d’accorder un prêt, c’est de ne pas s’être retirée des pays de l’Alliance des États du Sahel quand la prudence financière commandait de le faire », analyse un économiste ouest-africain spécialiste des institutions régionales, qui requiert l’anonymat en raison de ses fonctions de conseil. « Il a compris que déserter ces marchés reviendrait à abandonner le mandat d’intégration inscrit dans les statuts de la Banque. »
Ces deux nouvelles opérations portent le montant total net des engagements de la BOAD au Niger à près de 1 000 milliards de FCFA, tous secteurs confondus. Et le banquier n’entend pas s’arrêter là. À l’issue de ses audiences avec les plus hautes autorités nigériennes, il a annoncé que la Banque ferait « plus que doubler » ses financements au pays sur la période 2026-2030 : 700 milliards de FCFA programmés, contre 307 milliards sur le quinquennat précédent. L’engagement n’a rien d’une formule diplomatique. Il s’inscrit dans « Djoliba… La Suite », le plan stratégique de la Banque pour 2026-2030, dont les grands axes – énergie, agriculture, souveraineté alimentaire, infrastructures – épousent presque terme pour terme le Programme de refondation de la République (PRR) 2025-2029 du Niger.

Une signature qui vaut de l’or sur les marchés
Si la BOAD peut promettre sans trembler, c’est qu’elle en a désormais les moyens. Le 23 juillet dernier, à cinq jours de la cérémonie de Niamey, l’agence Moody’s a confirmé sa note Baa1 assortie d’une perspective stable, saluant la solidité de la gouvernance et des outils de gestion des risques de l’institution malgré les tensions sécuritaires qui pèsent sur le Sahel. Un satisfecit qui n’a pas échappé aux analystes de la finance de développement. « Cette notation, c’est précisément ce qui permet à la Banque de lever des ressources longues à bon compte sur les marchés internationaux, puis de les réinjecter dans des géographies que le marché commercial délaisse. C’est tout le paradoxe vertueux du modèle Ekué », observe un analyste crédit basé à Abidjan, qui suit les émetteurs souverains et sub-souverains de la région.
De fait, sous la présidence de Serge Ekué, la BOAD a changé de dimension. Le précédent plan Djoliba, clos en 2025, revendique plus de 3 762 milliards de FCFA de financements cumulés, dépassant de 12 % son objectif initial, tandis que l’institution s’est offert une émission obligataire d’un milliard d’euros sur quinze ans, maturité inédite pour une banque multilatérale africaine de développement. C’est ce crédit patiemment construit sur les marchés internationaux que le président de la BOAD met aujourd’hui au service des États les plus exposés. « Doubler l’enveloppe destinée à un pays en première ligne sécuritaire, cela n’a rien d’un geste comptable, tempère toutefois un consultant en risque-pays familier des dossiers nigériens. La différence se jouera sur l’exécution, la levée des conditions suspensives et la gouvernance des projets. Sur ce terrain, Ekué a l’habitude de tenir ses interlocuteurs. » Le président de la BOAD ne dit pas autre chose : à Niamey, il a rappelé avec une franchise de banquier que la qualité de l’exécution, le respect des délais et une gouvernance rigoureuse détermineront l’impact réel de ces projets. La Banque, a-t-il assuré, fera sa part.
Reste l’essentiel, que Serge Ekué a résumé d’une phrase avant de quitter la salle. Vive le partenariat de confiance entre la BOAD et la République du Niger. À Niamey, ce jour-là, la formule ne sonnait pas comme une convention protocolaire, mais comme un choix assumé.

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