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Égypte-Turquie : un nouveau marché stratégique

Égypte-Turquie : un nouveau marché stratégique

L’Égypte et la Turquie accélèrent leur rapprochement stratégique, en faisant de la coopération militaire et de l’industrie de défense les nouveaux piliers de leur partenariat. La signature d’une lettre d’intention entre les deux pays marque une nouvelle étape dans une normalisation diplomatique désormais tournée vers des intérêts sécuritaires, industriels et commerciaux communs.

Longtemps distantes en raison de divergences politiques, Le Caire et Ankara cherchent désormais à transformer leur rapprochement en coopération opérationnelle. La multiplication des crises autour de leurs zones d’influence — de Gaza à la Libye, du Soudan à la mer Rouge — ainsi que les tensions en Méditerranée orientale poussent les deux puissances régionales à renforcer leur coordination.

La signature cette semaine d’une lettre d’intention destinée à intensifier la coopération dans le secteur de la défense donne une nouvelle dimension à cette dynamique. Elle intervient après une reprise progressive des échanges militaires, marquée par l’exercice naval « Mer de l’amitié 2025 », le premier exercice conjoint entre les deux pays en 13 ans. La coopération s’est ensuite étendue aux forces aériennes, avec des manœuvres organisées au Caire puis en Turquie, avant d’intégrer les forces spéciales.

Pour les analystes, cette évolution dépasse désormais le cadre d’un simple réchauffement diplomatique. Le Caire et Ankara cherchent à bâtir un partenariat capable de modifier les rapports de force en Méditerranée orientale, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, tout en renforçant leur autonomie stratégique.

« Le rapprochement égypto-turc répond à un intérêt commun », estime l’ancien vice-ministre adjoint égyptien des Affaires étrangères Hussein Haridy, cité dans le texte. Selon lui, la coopération pourrait renforcer les capacités des deux pays dans des domaines comme les drones, la lutte anti-drones et la production d’armements, tout en améliorant la coordination face aux crises en Afrique du Nord, dans la Corne de l’Afrique et en mer Rouge.

La défense devient un moteur industriel

L’industrie militaire apparaît comme le volet le plus concret de cette nouvelle alliance. Pour Ankara, l’Égypte représente à la fois un marché important pour ses entreprises de défense et une plateforme potentielle vers les marchés d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Pour Le Caire, le partenariat permet de diversifier ses fournisseurs d’armement, de renforcer sa production locale et d’accélérer la modernisation de ses forces.

L’ouverture en Égypte d’un bureau de représentation du groupe turc de défense ASELSAN, baptisé Aselsan Egypt, illustre cette volonté d’ancrer la coopération dans la durée. Annoncée lors du salon EDEX au Caire en décembre 2025, cette implantation doit notamment servir les forces armées égyptiennes et les clients locaux.

Les deux pays ont également engagé des projets de production conjointe. Un accord conclu en mars prévoit la fabrication de véhicules terrestres sans pilote au sein de l’usine Kader Advanced Industries, filiale de l’Organisation arabe pour l’industrialisation. La coopération s’est ensuite étendue aux drones, avec l’objectif de développer progressivement des capacités industrielles communes.

Cette stratégie pourrait ouvrir un marché important aux industriels turcs de la défense, alors que le pays cherche à accroître ses exportations et à consolider sa présence sur les marchés émergents. Pour l’Égypte, l’enjeu est tout aussi financier qu’opérationnel : produire davantage localement permettrait de réduire la dépendance aux importations et de conserver une plus grande partie de la valeur ajoutée dans son économie.

Le marché des drones au centre des calculs

Karam Saïd, spécialiste de la Turquie au Centre des études politiques et stratégiques d’Al-Ahram, estime que les intérêts économiques et stratégiques des deux pays convergent. Ankara cherche à élargir les débouchés de son industrie de défense, tandis que Le Caire veut diversifier ses sources d’approvisionnement et renforcer ses capacités technologiques.

Les drones occupent une place centrale dans cette équation. Leur utilisation croissante dans les conflits récents a démontré leur importance stratégique et leur potentiel commercial. Pour l’Égypte, confrontée à plusieurs foyers de tensions à ses frontières et dans son environnement régional, l’accès à des technologies turques éprouvées constitue un atout.

Le rapprochement entre Le Caire et Ankara pourrait ainsi déboucher sur une coopération dépassant les seules ventes d’armes. Transfert de technologies, production locale, investissements industriels et accès à de nouveaux marchés pourraient progressivement constituer les fondations d’une chaîne de valeur commune dans la défense.