Carburant de la JIRAMA : Madagascar mise sur l’importation publique
Madagascar a réceptionné sa première cargaison de carburant dans le cadre de son nouveau dispositif d’importation publique, donnant un contenu concret à une réforme destinée à réduire la vulnérabilité énergétique du pays. Le 12 août à Toamasina, le tanker Sunda 1 a livré 67 millions de litres de gasoil destinés exclusivement à la JIRAMA, la compagnie publique d’eau et d’électricité.
Négociée avec le groupe nigérian Sahara, cette cargaison doit couvrir environ six mois des besoins de la compagnie. Elle intervient alors que le pays a réactivé, le 17 juillet, son état d’urgence énergétique, dans un contexte de tensions sur les approvisionnements pétroliers liées au conflit au Moyen-Orient.
L’opération constitue la première mise en œuvre de la réforme du secteur aval adoptée le 1er juillet. Celle-ci transfère à l’État la responsabilité des importations de carburants, auparavant assurées par des opérateurs privés.
L’enjeu est majeur pour Madagascar, fortement dépendant des produits pétroliers importés. Une part importante de sa production électrique repose en effet sur les carburants, faisant de la disponibilité du gasoil un facteur déterminant pour la continuité des services publics et l’activité économique.
Les pénuries observées ces derniers mois ont accentué la pression sur la JIRAMA, dont les difficultés d’approvisionnement menacent directement la production d’électricité. En réservant la cargaison du Sunda 1 à la compagnie, les autorités cherchent à constituer un stock capable de soutenir les centrales pendant plusieurs mois.
Le président Michaël Randrianirina entend également renforcer le contrôle des réserves et examiner les niveaux de consommation de carburant de la compagnie. Rien ne permet toutefois d’établir que les problèmes de gestion de la JIRAMA aient directement provoqué la nationalisation des importations.
La réforme traduit surtout une volonté de réduire le risque d’approvisionnement mis en lumière par la crise. En centralisant les achats, l’État veut sécuriser en priorité les volumes indispensables à l’électricité et à l’eau, tout en renforçant son contrôle sur un poste stratégique pour les finances publiques.
Pour Madagascar, le défi sera désormais de démontrer que ce nouveau modèle peut garantir des approvisionnements réguliers et compétitifs. La première cargaison constitue un signal de rupture, mais sa véritable efficacité se mesurera à sa capacité à éviter de nouvelles pénuries sans alourdir davantage le coût de fonctionnement du secteur énergétique.
