Karité : la Côte d’Ivoire fixe un prix plancher et mise sur la transformation
La Côte d’Ivoire veut mieux capter la valeur de sa filière karité et réduire les sorties de matières premières. La campagne 2026-2027 de commercialisation a été officiellement ouverte vendredi 14 août à Abidjan, avec la fixation d’un prix minimum bord-champ de 250 FCFA le kilogramme, contre 275 FCFA/kg dans les magasins intérieurs et 305 FCFA/kg au niveau des usines.
Ces nouveaux prix constituent l’un des principaux leviers de la réforme engagée par les autorités pour mieux structurer une filière qui fournit des revenus à des milliers de producteurs et collecteurs ruraux, notamment des femmes. Pour le Conseil Coton Anacarde Karité, désormais chargé de sa régulation, l’enjeu est également économique : accroître la valeur captée localement plutôt que de laisser l’essentiel des revenus se concentrer sur l’exportation de matières premières.
La gestion de la filière karité a été confiée au Conseil Coton Anacarde Karité par l’ordonnance n°2025-259 du 23 avril 2025. Depuis, l’organisme a engagé l’identification des opérateurs, le renforcement de la traçabilité et la préparation d’une réforme globale du secteur.
La campagne 2025-2026 a permis d’identifier 168 acheteurs, 21 unités de transformation et 32 exportateurs. Quelque 51.697 tonnes d’amandes de karité ont intégré le circuit formel, tandis que 14.078 tonnes de beurre de karité ont été exportées vers 13 pays.
Ces chiffres donnent une première mesure du poids économique du secteur, mais révèlent aussi le potentiel encore inexploité de la transformation locale.
Pour la campagne 2026-2027, les autorités veulent notamment orienter davantage de matière première vers les unités ivoiriennes. Le transfert des amandes vers les usines est autorisé à partir du 17 août, avec une priorité accordée aux transformateurs locaux.
Selon Konaté Issa, directeur général adjoint du Conseil du Coton et de l’Anacarde, la capacité industrielle disponible dépasse actuellement la production destinée au circuit formel. L’objectif est donc de mieux alimenter les usines avant d’accroître les volumes exportés.
Dans cette logique, l’exportation des noix et amandes de karité par les frontières terrestres reste interdite jusqu’à nouvel ordre. La mesure vise à limiter les sorties de matière première et à favoriser son traitement sur le territoire ivoirien.
L’enjeu ne se limite toutefois pas à transformer davantage d’amandes en beurre. Les autorités veulent désormais franchir un nouveau palier avec le développement de la seconde transformation, notamment le raffinage du beurre de karité.
Cette étape doit permettre de générer davantage de valeur ajoutée localement et d’améliorer les revenus des différents acteurs de la chaîne. Elle constitue également un moyen de positionner la Côte d’Ivoire sur des segments industriels plus rémunérateurs, au-delà du simple commerce de matières premières.
Pour accompagner cette transition, six ateliers régionaux seront organisés dans les principales zones de production. Ils réuniront productrices, collectrices, acheteurs, transformateurs et exportateurs autour des questions de qualité, de prix et de réglementation.
Avec cette nouvelle campagne, Abidjan cherche ainsi à passer d’une logique de commercialisation de la matière première à une stratégie de création de valeur. Le succès de la réforme se mesurera désormais à sa capacité à formaliser davantage les flux, sécuriser les revenus ruraux et surtout faire progresser la part de la valeur du karité qui reste dans l’économie ivoirienne.
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