CEMAC : la BEAC injecte 1.300 milliards FCFA pour répondre à la soif de liquidités des banques
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) augmente progressivement les vannes du refinancement face à une demande bancaire qui ne faiblit pas. En l’espace de deux semaines, l’institut d’émission a proposé 1.300 milliards de FCFA, soit près de 2,3 milliards de dollars, à travers deux opérations principales de refinancement, illustrant la persistance des tensions de liquidité dans le système bancaire de la CEMAC.
La BEAC a d’abord mis 600 milliards de FCFA sur la table le 11 août, avant de relever son offre à 700 milliards de FCFA lors de l’opération lancée le 18 août, dont l’échéance est fixée au 27 août. Le taux d’intérêt plancher est resté inchangé à 4,50 %.
Cette hausse des volumes prolonge une tendance observée depuis l’assouplissement monétaire décidé par le Comité de politique monétaire et entré en vigueur le 29 juin. Depuis, l’appétit des banques pour les ressources de la banque centrale n’a cessé de progresser.
Les demandes sont ainsi passées de 400 milliards de FCFA le 23 juin à 444,5 milliards une semaine plus tard, puis à 497 milliards le 7 juillet, 535,5 milliards le 14 juillet et 680 milliards le 22 juillet. La dernière adjudication disponible confirme l’accélération : le 11 août, les banques ont demandé 746,1 milliards de FCFA, soit bien davantage que les 600 milliards proposés par la BEAC.
La pression sur les guichets de la banque centrale se reflète dans les prix proposés par les établissements de crédit. Pour l’opération du 11 août, le taux moyen pondéré ressortait à 4,91 %, contre un taux plancher de 4,50 %.
Autrement dit, les banques ont accepté de payer davantage que le minimum exigé pour obtenir les montants recherchés. Avec un taux de couverture de 124,35 %, quatorze établissements actifs et trente soumissions enregistrées, l’opération a clairement été sursouscrite.
Cette concurrence pour la liquidité intervient alors que le marché interbancaire reste nettement plus coûteux. Son taux s’établissait à 6,36 % le 11 août, soit près de deux points au-dessus du taux de la BEAC.
L’arbitrage est donc évident pour les banques : emprunter auprès de la banque centrale demeure financièrement plus avantageux que se refinancer auprès d’autres établissements. L’écart de taux entretient ainsi une forte dépendance au guichet de l’institut d’émission.
En relevant son offre de 100 milliards de FCFA, soit une hausse de 16,7 %, entre ses deux adjudications d’août, la BEAC semble privilégier une réponse quantitative à la tension du marché.
La banque centrale choisit, pour l’heure, de ne pas modifier le prix de la liquidité. Son taux plancher demeure à 4,50 %, malgré la hausse continue des demandes. Cette stratégie permet d’alimenter le système bancaire tout en évitant un nouveau signal d’assouplissement monétaire susceptible d’accroître les pressions sur les équilibres macroéconomiques.
Cette dépendance au refinancement de la BEAC s’inscrit dans un déficit structurel de liquidité du système bancaire de la CEMAC. Les opérations principales de refinancement sont devenues, au fil des années, le principal instrument d’approvisionnement des banques, devant les facilités permanentes.
La question est désormais de savoir si les 1.300 milliards de FCFA proposés en quinze jours suffiront à desserrer les contraintes de trésorerie. La date limite de soumission pour la dernière opération a été fixée au 19 août et ses résultats permettront de mesurer l’ampleur réelle de l’appétit bancaire.
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