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Maroc : le rebond agricole se confirme

Maroc : le rebond agricole se confirme

Après plusieurs campagnes marquées par la sécheresse, l’agriculture marocaine amorce un redressement porté par de meilleures conditions hydriques. La reprise reste toutefois fragile : élevage sous pression, dépendance aux précipitations, coûts des intrants et disponibilité inégale de l’eau continuent de peser sur les exploitations. La campagne 2026-2027 devra confirmer si ce rebond peut s’inscrire dans la durée.

À l’approche de la campagne agricole 2026-2027, le Maroc retrouve des motifs d’espoir après plusieurs années de sécheresse. Les agriculteurs préparent les sols tandis que les pâturages ont bénéficié de l’amélioration des conditions climatiques. Mais cette embellie ne signifie pas un retour à la sécurité. Une bonne saison peut compenser une partie des pertes sans effacer les fragilités accumulées ni garantir des conditions favorables au cours des prochains mois.

Le bilan prévisionnel de 2025-2026 mesure concrètement ce redressement. Selon le ministère de l’Agriculture, la récolte céréalière devait avoisiner 90 millions de quintaux, pour une superficie emblavée d’environ 3,9 millions d’hectares. Le rapport entre ces deux données correspond à un rendement moyen indicatif d’environ 23 quintaux par hectare. Cette moyenne nationale masque toutefois de fortes disparités entre régions, cultures et exploitations : elle mesure l’ampleur de la campagne, mais ne renseigne ni sur la régularité des résultats ni sur leur répartition.

L’eau reste le principal facteur de bascule. Le même bilan officiel faisait état de 13 milliards de mètres cubes dans les barrages, avec un taux de remplissage proche de 75,7 %. Ce niveau de réserves constitue un signal encourageant pour l’irrigation, sans pour autant permettre de conclure que la contrainte hydrique est levée. La localisation des ressources, les besoins concurrents, les pertes dans les réseaux et le calendrier des apports restent déterminants. Un stock disponible au printemps ne garantit surtout pas une pluviométrie régulière lors des phases décisives du cycle agricole : levée, croissance et remplissage des grains.

Cette distinction entre une « bonne année » et un « système plus robuste » est essentielle. Lorsque les précipitations déterminent à la fois les surfaces semées et les rendements, l’augmentation des emblavures peut accroître la production sans réduire la vulnérabilité. Le risque est alors d’engager des dépenses sur la base d’anticipations climatiques trop optimistes. Le choix des cultures, des variétés et des dates de semis doit donc tenir compte des caractéristiques locales plutôt que d’une moyenne nationale qui ne décrit aucun terroir en particulier.

Les intrants constituent un autre révélateur de cette vulnérabilité. La disponibilité des semences ou des engrais ne suffit pas : leur qualité, leur adéquation aux sols et leur disponibilité au moment opportun conditionnent leur efficacité. Lorsque certaines variétés certifiées font défaut, l’agriculteur peut se tourner vers des semences de substitution, avec un effet potentiel sur la germination et le rendement. L’appui public gagne ainsi à associer l’approvisionnement à un accompagnement agronomique, une meilleure anticipation des besoins et une distribution adaptée aux zones de production.

L’élevage ne bénéficie pas du redressement au même rythme que les cultures. De meilleurs pâturages et une offre fourragère plus abondante peuvent temporairement alléger les dépenses, mais la reconstitution des troupeaux nécessite plusieurs saisons favorables. L’énergie, la main-d’œuvre et les aliments achetés continuent de peser sur les marges. Pour les exploitations les moins capitalisées, la reprise dépend donc autant de la trésorerie et de l’accès aux soutiens que de l’état du couvert végétal.

Le ministère anticipait également une progression d’environ 15 % du PIB agricole en 2025-2026 par rapport à l’année précédente. Cette hausse attendue illustre le poids de l’agriculture dans l’activité économique et l’ampleur du rebond après une campagne difficile. Elle souligne également la dépendance du secteur aux conditions météorologiques.

La performance de la campagne 2026-2027 ne devrait donc pas être évaluée uniquement à l’aune du volume des récoltes. Elle se mesurera aussi à la stabilité des revenus, à la préservation de l’eau et à la capacité des exploitations à résister à une nouvelle année sèche.