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Stablecoins : le Nigeria capte 60 % des entrées en Afrique subsaharienne

Le Nigeria s’affirme comme un marché majeur des transferts en monnaie numérique. Depuis 2019, le pays aurait absorbé environ 60 % des entrées de stablecoins en Afrique subsaharienne, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Cette progression révèle une demande soutenue pour des circuits de transfert alternatifs, malgré l’absence, jusqu’à récemment, d’offres dédiées largement accessibles.

La Banque centrale du Nigeria (CBN) et la Commission des valeurs mobilières (SEC) suivent de près ce marché. Mastercard et Busha ont récemment lancé une solution destinée à simplifier les transferts, tandis que des acteurs d’infrastructure comme Breet ciblent le point de friction majeur : le versement des fonds en monnaie locale.

Le mécanisme consiste à convertir l’argent en stablecoin indexé sur le dollar, à l’envoyer dans le portefeuille du bénéficiaire, puis à le convertir en nairas ou en cedis. En contournant les réseaux bancaires correspondants, souvent lents et coûteux, les transferts de portefeuille à portefeuille peuvent être rapides et peu onéreux. Mais la conversion finale en monnaie locale demeure un obstacle, notamment en raison du signalement de comptes bancaires et des fluctuations des taux de change.

Le Nigeria s’est classé troisième au niveau mondial dans l’indice d’adoption des cryptomonnaies 2026 de Chainalysis, et premier pour les flux entre particuliers (P2P) comme pour les flux transfrontaliers. De juillet 2024 à juin 2025, la valeur des monnaies numériques reçues dans le pays a dépassé 92,1 milliards de dollars. En parallèle, les transferts de la diaspora restent considérables : la CBN prévoit qu’ils atteindront environ 1 milliard de dollars par mois d’ici fin 2026.

L’écart de coût renforce l’attrait des stablecoins. Au troisième trimestre 2025, l’envoi de 200 dollars vers l’Afrique subsaharienne coûtait en moyenne 8,46 % par les canaux traditionnels, contre 0,5 % à 2 % via des passerelles de paiement en stablecoins. Un transfert traditionnel de 200 dollars peut ainsi générer environ 17 dollars de frais. Les délais d’attente, l’accès limité aux devises étrangères et les frais élevés poussent les utilisateurs vers ces circuits numériques. Indexés sur le dollar, les stablecoins offrent aussi une protection contre la dépréciation du naira et l’inflation.

Cette dynamique ouvre un marché aux entreprises comme Breet, dont l’infrastructure de règlement automatisée permet aux sociétés de convertir rapidement et en conformité les stablecoins en monnaie locale. Mais l’essor de ces avoirs soulève aussi un risque monétaire. Dans son rapport de juin 2026, le FMI a alerté sur une possible « dollarisation numérique », susceptible de réduire la demande de nairas et de peser sur la politique monétaire. Le Fonds estime toutefois que cette évolution a peu de chances de s’inverser.