Commerce intra-africain : l’AFC et Munich Re mobilisent un milliard $ - FINECO Commerce intra-africain : l’AFC et Munich Re mobilisent un milliard $ - FINECO

Commerce intra-africain : l’AFC et Munich Re mobilisent un milliard $

Commerce intra-africain : l’AFC et Munich Re mobilisent un milliard $

Au-delà des barrières douanières, le déficit de financement reste un obstacle majeur aux échanges commerciaux entre pays africains. L’Africa Finance Corporation (AFC) et le réassureur allemand Munich Re entendent s’attaquer à cette contrainte en renforçant la capacité des banques à financer les importations et les exportations sur le continent. Dans un communiqué publié le 26 octobre, l’institution basée à Lagos a annoncé un accord de partage des risques d’un milliard de dollars (900 millions d’euros). Sa première phase doit mobiliser 38 institutions financières réparties dans 11 pays africains.

Dans le cadre de ce dispositif, Munich Re prendra en charge une partie des risques associés aux financements accordés par l’AFC. Le réassureur assumera automatiquement une quote-part du risque pour chaque opération éligible, l’AFC conservant le solde. La couverture concerne les prêts commerciaux, les lettres de crédit et les garanties permettant aux entreprises de financer leurs achats à l’étranger ou de sécuriser le paiement de leurs ventes. Les opérations auront une maturité maximale de douze mois. À leur échéance, les capacités de couverture libérées pourront être réutilisées pour soutenir de nouvelles transactions.

Cet accord prolonge une coopération engagée en 2018, jusque-là structurée opération par opération. Pour Banji Fehintola, responsable des services financiers de l’AFC, son élargissement doit notamment permettre de lever les contraintes de capacité auxquelles se heurtent les banques dans le financement des échanges liés à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

« Nous considérons le commerce africain comme une opportunité à long terme, et ce programme nous offre un moyen efficace de développer notre activité tout en améliorant notre diversification, aux côtés d’un partenaire de confiance », souligne Herbert Müller, responsable des solutions de crédit mondiales chez Munich Re.

Un déficit de financement de plusieurs dizaines de milliards

Au-delà des intérêts commerciaux des deux partenaires, le mécanisme répond à un déficit structurel de financement qui limite l’essor du commerce intra-africain. Selon un rapport publié en mai 2026 par la Banque africaine de développement (BAD), 18 % des banques interrogées considèrent les contraintes de fonds propres comme un obstacle majeur au financement des échanges entre pays du continent. La BAD estime que les besoins de financement commercial non satisfaits en Afrique se situaient entre 74 et 92 milliards de dollars en 2024.

Cette estimation couvre toutefois l’ensemble des échanges commerciaux africains, et pas seulement ceux réalisés entre pays du continent. De son côté, Afreximbank indiquait en 2025 que les transactions intra-africaines ne représentaient que 18 % des portefeuilles de financement du commerce des banques africaines.

Les conséquences de ces restrictions sont mesurables. Une étude de la Société financière internationale (IFC) et de l’Organisation mondiale du commerce, portant sur le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, révèle que 21 % des demandes de financement commercial avaient été rejetées. Selon les simulations des deux institutions, un meilleur accès au crédit et une baisse de son coût pourraient accroître de 8 % à 16 % les échanges de marchandises de ces quatre pays. Le commerce au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) serait le principal bénéficiaire potentiel.

L’efficacité du nouvel accord AFC-Munich Re devra donc être mesurée à l’aune des montants effectivement prêtés, mais surtout de la part des financements orientée vers les transactions entre pays africains. Cet indicateur sera déterminant, puisque le programme couvre également les échanges avec le reste du monde.

Le partage des risques ne suffira toutefois pas à lever tous les obstacles. La BAD identifie notamment le manque de devises comme la principale contrainte à l’expansion du financement commercial.