Notation de crédit : Moody’s déclare des perspectives stables pour la BOAD
Moody’s Ratings ( Moody’s ) a confirmé la notation de crédit à long terme en devises étrangères de la Banque ouest- africaine de développement ( BOAD ) et ses notations de dette senior non garantie en devises étrangères à Baa1 , ainsi que sa notation subordonnée junior à Baa3. Les perspectives restent stables.
La confirmation de la notation aujourd’hui témoigne de la solidité de la solvabilité de BOAD , de sa forte liquidité et de son profil de financement robuste, ainsi que du soutien continu de ses actionnaires. Instrument clé de politique économique pour ses huit États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine ( UEMOA ), la BOAD promeut le développement économique et commercial régional. Ce rôle sous-tend le soutien indéfectible de ses actionnaires et lui confère la flexibilité nécessaire pour mener à bien son mandat tout en gérant les risques avec prudence. Ces atouts lui assurent une importante capacité d’absorption des chocs face à un environnement opérationnel marqué par des risques politiques et sécuritaires persistants dans la région du Sahel, et compte tenu de son exposition au Sénégal, pays en difficulté financière (Caa1, perspective négative). La concentration de ses États membres et de ses expositions au crédit continue de lier étroitement son profil de crédit à l’évolution de la situation dans la région de l’UEMOA.
Les perspectives stables reflètent le bilan renforcé et la performance améliorée des actifs de BOAD face à un environnement opérationnel toujours difficile. Nous anticipons que des outils efficaces de rehaussement de crédit, associés à une gouvernance et une gestion des risques saines, permettront d’atténuer les pressions potentielles sur la qualité des actifs. Parallèlement, le renforcement continu des fonds propres offre une meilleure protection contre les risques de dégradation, notamment une éventuelle restructuration de la dette du Sénégal et une détérioration plus générale du crédit dans la région du Sahel.
JUSTIFICATION DES NOTES
BOAD a sensiblement renforcé son ratio de solvabilité au cours de son plan stratégique 2021-2025, démontrant ainsi sa capacité à compenser les pressions sur les fonds propres liées à la croissance et les expositions difficiles grâce au soutien de ses actionnaires et à une gestion active de son bilan. Ces résultats confortent notre anticipation d’une solidité durable du ratio de solvabilité, alors que BOAD poursuit la réalisation des objectifs de croissance plus ambitieux de son plan stratégique 2026-2030, malgré les risques accrus associés à son exposition au Sénégal, au Mali (Caa2, perspective négative) et au Niger (Caa3, perspective stable).
L’adéquation des fonds propres de la BOAD s’est améliorée, les fonds propres utilisables atteignant 23,8 % des actifs pondérés en fonction des risques en 2025, contre 21,5 % en 2024, selon notre ratio de fonds propres ajustés (MAC) des banques multilatérales de développement. Fin 2025, les fonds propres utilisables ont progressé de 73 % par rapport à 2021, grâce au quasi-doublement du capital versé suite à l’augmentation de capital de 2022. Les États membres de l’UEMOA ont financé une part importante de ces souscriptions par le biais de prêts concessionnels de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA, notation Aa1 stable), facilitant ainsi la mise en œuvre progressive des engagements de fonds propres. La BOAD a par ailleurs renforcé son adéquation des fonds propres grâce à des émissions de dette hybride et à des instruments de transfert de risques pour ses actifs de développement, notamment l’assurance contre le non-paiement (NPI) et la titrisation. La dette hybride représentait environ 14 % des fonds propres utilisables fin 2025.
La croissance des capitaux a été plus rapide que celle des actifs de développement entre 2021 et 2025. Les actifs liés au développement ont progressé à un taux de croissance annuel composé (TCAC) modéré de 5 %, tandis que les produits nets d’exploitation (PNE) et la titrisation représentaient environ un quart du portefeuille de prêts à la fin de l’année 2025. Ces mesures ont atténué l’impact sur les capitaux de la concentration structurelle de BOAD sur les États souverains de l’UEMOA , qui représentent environ les trois quarts de l’exposition totale au crédit.
Nous prévoyons que BOAD maintiendra son ratio MAC au moins à son niveau actuel, malgré la croissance rapide de ses activités. Les versements de capital se poursuivent, tandis que la direction de BOAD recherche une participation supplémentaire au capital auprès d’actionnaires de qualité. Nous anticipons également que BOAD continuera d’utiliser des financements hybrides (dette hybride, titrisation et nouveaux produits financiers) pour gérer la consommation de capital et les risques de concentration.
La solvabilité et les notations de BOAD restent robustes face aux risques élevés associés au Sénégal, au Mali et au Niger. Nous anticipons que les États membres continueront de privilégier les paiements à BOAD , limitant ainsi l’impact des tensions souveraines sur sa solvabilité, malgré des retards techniques ponctuels. Notre scénario de base part du principe que toute restructuration de la dette souveraine du Sénégal exclurait les prêts souverains de BOAD . Même si BOAD subissait des pertes sur ses titres d’État régionaux sénégalais, ses coussins de fonds propres actuels les absorberaient sans dégrader sensiblement notre évaluation de sa solvabilité.
Le ratio relativement faible et en baisse des créances douteuses (NPL) par rapport au total des actifs de développement de BOAD (2,1 % à fin 2025, contre 2,7 % en 2021) conforte notre évaluation de la solvabilité. La qualité des actifs est restée solide malgré la pandémie, les pressions inflationnistes mondiales et les sanctions régionales, témoignant d’une gestion prudente des risques et de l’engagement continu des États membres de l’UEMOA à honorer leurs obligations envers la banque.
SOLIDES LIQUIDITÉS ET PROFIL DE FINANCEMENT SOUTENUS PAR L’ACCÈS À LA BANQUE CENTRALE
Cette confirmation témoigne également de la solidité de la liquidité et du profil de financement de BOAD . Fin 2025, les liquidités disponibles couvraient 97,1 % des sorties nettes de fonds prévues pour les 18 mois suivants. BOAD bénéficie par ailleurs d’un droit statutaire d’accès au guichet de refinancement de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), grâce à la position de la BCEAO en tant que principal actionnaire de BOAD , détenant 36 % du capital souscrit fin 2025. BOAD et la BCEAO ont testé ce mécanisme et le considèrent comme une source de liquidités de dernier recours.
BOAD bénéficie également d’une solide expérience de dix ans sur les marchés obligataires internationaux, qui constituent désormais sa principale source de financement, aux côtés de financements provenant d’institutions de financement du développement de premier plan, telles que la BIRD (Banque mondiale) (Aaa stable) et la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW, Aaa stable). L’émission régulière d’obligations durables a permis de diversifier davantage ses sources de financement auprès de différents investisseurs, produits et devises.
LE SOUTIEN DES MEMBRES DEMEURE UN ATOUT MAJEUR POUR LA CRÉDIT
Nous considérons le soutien des États membres comme un atout majeur en matière de crédit, qui contrebalance la solide expérience de BOAD en matière de soutien actionnarial et sa grande pertinence politique par rapport à la qualité de crédit plus fragile de certains États membres. Les actionnaires continuent d’apporter un soutien substantiel grâce à la mise en œuvre en cours de l’augmentation de capital de 2022. Au-delà de son objectif principal d’accroître le capital libéré, l’opération a permis d’augmenter le capital mobilisable de 8 % par rapport à 2021. Néanmoins, le capital mobilisable demeure modeste par rapport à la dette totale, représentant 24,5 % à fin 2025. Le soutien des actionnaires s’étend au-delà de la région, comme l’illustre le rôle de la BADEA dans la facilitation du processus de mobilisation des capitaux.
Dans le même temps, certains États membres de l’UEMOA disposent de capacités limitées pour apporter leur soutien en période de crise, en raison de leurs propres difficultés de crédit, reflétées par une notation moyenne pondérée des actionnaires (WASR) de Ba2. Les risques sécuritaires et politiques demeurent élevés au Burkina Faso, au Mali et au Niger, tandis que de fortes pressions sur le crédit s’accentuent au Sénégal. Les économies régionales restent également vulnérables aux chocs géopolitiques externes actuels, susceptibles d’accroître les pressions inflationnistes par la hausse des coûts de l’énergie.
Notre évaluation reflète également la forte corrélation entre l’actionnariat de BOAD et ses actifs de développement, corrélation traduite par un ajustement négatif de l’environnement opérationnel. Une détérioration de la qualité des actifs coïnciderait probablement avec des difficultés économiques et financières plus générales au sein des États membres de l’UEMOA, ce qui pourrait réduire leur capacité à apporter leur soutien.
JUSTIFICATION DE LA PERSPECTIVE STABLE
La perspective stable reflète notre conviction que la BOAD maintiendra la solidité de son bilan et l’amélioration de la performance de ses actifs, renforçant ainsi sa capacité à gérer un environnement opérationnel toujours difficile. Le renforcement continu du bilan, l’utilisation efficace des instruments de rehaussement de crédit du portefeuille et de saines pratiques de gouvernance et de gestion des risques atténuent les pressions potentielles à la baisse sur la qualité des actifs. Nous anticipons que cette résilience se maintiendra même en cas de restructuration de la dette du Sénégal ou d’intensification des risques sécuritaires et politiques dans la région du Sahel, grâce aux importantes réserves de capital de la BOAD , à sa capacité avérée à limiter la détérioration de la qualité de son portefeuille de prêts en période de tensions régionales et à l’engagement des emprunteurs souverains de l’UEMOA à privilégier le remboursement des prêts à la BOAD .
CONSIDÉRATIONS ENVIRONNEMENTALES, SOCIALES ET DE GOUVERNANCE
Le score d’impact de crédit CIS-2 de BOAD indique que les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) n’ont pas d’incidence significative sur sa notation. Une gouvernance saine et un soutien actionnarial important, notamment de la banque centrale de l’UEMOA, compensent l’exposition modérée de la banque aux risques environnementaux, tandis que les risques sociaux sont généralement faibles. L’évaluation reflète également l’utilisation efficace par BOAD des instruments de rehaussement de crédit pour atténuer l’impact potentiel d’un contexte opérationnel difficile sur son portefeuille de prêts.
FACTEURS SUSCEPTIBLES D’ENTRAÎNER UNE AMÉLIORATION OU UNE DÉGRADATION DES NOTATIONS
Une pression à la hausse sur la notation de BOAD se manifesterait si la banque renforçait davantage son ratio MAC tout en maintenant une performance solide de ses prêts. En particulier, un allègement des risques liés au Sénégal et à la région du Sahel favoriserait une amélioration de la notation. Par ailleurs, des preuves plus convaincantes du respect par les États emprunteurs de leurs obligations aux termes initiaux consolideraient le statut de créancier privilégié de BOAD dans notre cadre méthodologique et justifieraient une évaluation de solvabilité plus favorable.
À l’inverse, nous pourrions abaisser la notation si la solvabilité de BOAD se détériorait sensiblement en raison d’une détérioration de la qualité de ses actifs, de pertes liées à une aggravation des tensions régionales ou d’une baisse durable de son ratio MAC. Une pression à la baisse pourrait également résulter d’une réduction significative des réserves de liquidités, d’une dégradation des conditions de financement ou d’un accès au marché restreint.
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