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Système financier : la CNUCED lance la “Plateforme des emprunteurs”

Système financier mondial : la CNUCED lance la “Plateforme des emprunteurs”

À la faveur des réunions de printemps 2026 du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, une initiative structurante a émergé dans le débat sur la dette des pays en développement : le lancement de la « Plateforme des emprunteurs » par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Lors d’un point de presse organisé le 24 avril par le Forum et réseau africain sur la dette et le développement (AFRODAD), cette innovation institutionnelle a été présentée comme un levier potentiel de rééquilibrage dans une architecture financière internationale jugée défavorable aux pays en développement.

Portée par les engagements de Séville sur la viabilité de la dette, cette plateforme vise à fédérer les pays emprunteurs autour d’un mécanisme d’apprentissage entre pairs. Ce cadre permettra de mutualiser les expériences en matière de gestion de crise de la dette et de renforcer la capacité collective à peser dans les négociations internationales. « Il s’agit d’un espace stratégique pour partager des connaissances, mais aussi pour impulser une dynamique politique en faveur d’une réforme structurelle », souligne Diana Mochoge, chargée de plaidoyer à AFRODAD.

Au-delà de sa dimension technique, la plateforme s’inscrit dans une ambition plus large. Celle de soutenir l’émergence d’une convention-cadre des Nations Unies sur la dette souveraine. Cette proposition, défendue par de nombreux pays du G77 et du Groupe africain, vise à instituer un cadre multilatéral plus équitable pour la restructuration des dettes. Dans cette perspective, la plateforme apparaît comme un instrument de coordination et de consolidation des positions du Sud global, renforçant sa capacité d’influence dans les enceintes internationales.

L’initiative a d’ailleurs été largement saluée lors des discussions du forum de suivi du financement du développement de l’ECOSOC, où plusieurs États ont été appelés à y adhérer. Pour les pays africains, elle constitue un outil clé pour faire entendre une voix plus unifiée et peser sur les règles du jeu financier mondial.

Parallèlement, AFRODAD insiste sur la nécessité de repenser en profondeur les stratégies de financement du développement. La mobilisation des ressources nationales reste un axe prioritaire, mais à condition d’éviter toute dérive régressive. « Les politiques fiscales doivent être progressives et ne pas transférer le fardeau sur les populations les plus vulnérables », rappelle Diana Mochoge, plaidant pour une meilleure valorisation des ressources naturelles afin de réduire la dépendance aux financements extérieurs.

La suspension automatique du service de la dette en période de crise n’a pas été négligée lors de ces échanges. Une telle mesure permettrait aux États de dégager des marges budgétaires en cas de chocs exogènes, sans subir la pression immédiate des créanciers. « Il est difficilement justifiable qu’un pays continue de rembourser sa dette alors même qu’il fait face à des crises majeures », insiste Diana Mochoge.

Enfin, la question des agences de notation de crédit reste un point de friction central. Accusées de biais systémiques à l’encontre des économies africaines, elles contribuent à renchérir le coût de l’emprunt et à limiter l’accès aux marchés financiers. Dans ce contexte, le projet d’une agence africaine de notation est perçu comme une réponse stratégique, susceptible de produire des évaluations plus nuancées et adaptées aux réalités locales.

Il faut noter que la « Plateforme des emprunteurs » s’impose comme un signal politique fort dans un paysage dominé par les créanciers. Reste à savoir si cette dynamique collective parviendra à se traduire en réformes concrètes, capables de redéfinir les rapports de force au sein de la finance internationale.