Rapport 2026 sur la transparence fiscale : l’ATAF met en lumière les progrès et les défis de la coopération africaine - FINECO Rapport 2026 sur la transparence fiscale : l’ATAF met en lumière les progrès et les défis de la coopération africaine - FINECO

Rapport 2026 sur la transparence fiscale : l’ATAF met en lumière les progrès et les défis de la coopération africaine

Cotonou accueille du 30 juin au 2 juillet 2026 la 19ᵉ réunion de l’Initiative Afrique, une plateforme qui réunit administrations fiscales africaines, partenaires techniques et organisations internationales engagés dans la lutte contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites. Organisée par la Direction générale des impôts du Bénin, cette rencontre a été marquée par le lancement du rapport « Transparence fiscale en Afrique 2026 : Rapport de progrès de l’Initiative Afrique », élaboré conjointement par le Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales et le Forum sur l’administration fiscale africaine (ATAF).

Ce document dresse un état des lieux des avancées réalisées par les pays africains dans la mise en œuvre des normes internationales de transparence fiscale et d’échange de renseignements. Il met en évidence les progrès enregistrés en matière de coopération fiscale internationale, tout en identifiant les défis qui subsistent pour permettre au continent de tirer pleinement parti de ces outils dans la mobilisation des ressources domestiques.

Lors de la cérémonie de lancement, Maria José Garde, cheffe du Secrétariat du Forum mondial, a souligné le rôle central joué par l’Initiative Afrique depuis sa création. « Depuis dix ans, l’Initiative Afrique est à l’avant-garde de l’utilisation de la transparence fiscale et de l’échange d’informations pour lutter contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites », a-t-elle déclaré. Selon elle, les progrès accomplis démontrent que les administrations africaines ne sont plus de simples bénéficiaires des réformes internationales, mais des acteurs influents de leur mise en œuvre.

Le rapport révèle notamment une amélioration continue des cadres juridiques et institutionnels nécessaires aux échanges de renseignements ainsi qu’un élargissement progressif du réseau africain de coopération fiscale. Des avancées qui traduisent la montée en puissance des administrations fiscales du continent dans l’utilisation des outils internationaux de transparence.

Plus de 4,2 milliards d’euros de recettes fiscales récupérées grâce à la transparence

L’un des principaux enseignements du rapport concerne l’impact concret de la transparence fiscale sur les finances publiques africaines. Selon Nicolas Yenoussi, ministre délégué chargé des Finances et de la Microfinance du Bénin et coprésident de l’Initiative Afrique, les résultats enregistrés au cours des dernières années démontrent que les mécanismes d’échange de renseignements constituent désormais un véritable levier budgétaire.

Le rapport indique que plus de 4,2 milliards d’euros de recettes fiscales additionnelles ont été identifiés ou recouvrés entre 2009 et 2024 par une vingtaine de pays africains grâce aux instruments de transparence fiscale et de coopération internationale. Cette performance témoigne de la capacité croissante des administrations fiscales à détecter les revenus dissimulés, à lutter contre l’évasion fiscale et à renforcer le respect des obligations fiscales.

Les données présentées à Cotonou montrent également que les progrès se poursuivent. Le rapport fait état de 417 millions d’euros de recettes identifiées, dont 208 millions d’euros grâce à l’échange de renseignements sur demande et 209 millions d’euros issus de l’échange automatique d’informations financières.

Par ailleurs, les pays africains sont devenus des acteurs de plus en plus actifs dans les échanges internationaux de renseignements. Avec 909 demandes d’informations adressées à d’autres juridictions, le continent est désormais un expéditeur net de demandes d’échange d’informations à l’échelle mondiale. Cette évolution traduit une appropriation croissante des mécanismes de coopération fiscale internationale.

Les progrès sont également visibles dans les évaluations réalisées par le Forum mondial. Près de 69 % des juridictions africaines obtiennent désormais des notations jugées satisfaisantes lors des examens par les pairs. Sur le plan institutionnel, 95 % des pays membres ont délégué l’autorité compétente d’échange de renseignements à leurs administrations fiscales et 83 % disposent d’unités spécialisées chargées de cette mission.

Le rapport souligne en outre l’essor de l’échange automatique de renseignements. Huit pays africains ont participé à ce mécanisme en 2025, dont le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda, rejoignant progressivement les juridictions appliquant les standards les plus avancés de transparence fiscale.

L’ATAF en première ligne pour renforcer les capacités des administrations fiscales

Présente à Cotonou à la tête d’une importante délégation, Mary Baine, secrétaire exécutive de l’ATAF, a insisté sur la nécessité de transformer ces avancées en résultats encore plus significatifs pour les administrations fiscales africaines.

Selon elle, le défi n’est plus seulement d’obtenir davantage d’informations, mais de les exploiter efficacement dans les enquêtes, les contrôles et les audits fiscaux. « Il ne s’agit pas seulement d’augmenter le nombre de demandes d’informations, mais de transformer ces données en audits plus efficaces, capables d’améliorer le civisme fiscal et l’équité de nos systèmes fiscaux », a-t-elle affirmé.

Pour atteindre cet objectif, l’ATAF multiplie les initiatives visant à renforcer les capacités techniques et institutionnelles des administrations fiscales africaines. L’organisation fournit une assistance technique, développe des programmes de formation spécialisés et met à disposition des outils pratiques pour accompagner les réformes administratives nécessaires à la mise en œuvre des mécanismes d’échange de renseignements.

Mary Baine a notamment souligné l’importance de combler les lacunes en matière de capacités administratives. Les auditeurs et enquêteurs fiscaux doivent, selon elle, être formés à identifier les informations pertinentes et à les exploiter efficacement afin d’améliorer la conformité fiscale et de renforcer l’équité des systèmes fiscaux africains.

L’ATAF plaide également pour un renforcement de la coopération intra-africaine à travers la ratification de l’Accord ATAF sur l’assistance mutuelle en matière fiscale (AMATM) et une utilisation accrue de la Convention multilatérale d’assistance administrative mutuelle en matière fiscale.

Au-delà du renforcement des compétences, l’organisation investit dans les solutions technologiques destinées à faciliter les échanges de renseignements. La secrétaire exécutive a ainsi annoncé qu’ATAF, en partenariat avec l’administration fiscale zambienne (ZRA) et avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, a développé une solution informatique dédiée à l’échange automatique de renseignements financiers conformément à la Norme commune de déclaration (CRS).

Actuellement en phase pilote, cette plateforme doit être prochainement déployée avant d’être étendue à d’autres mécanismes internationaux, notamment les déclarations pays par pays (Country-by-Country Reporting) et le cadre de déclaration des actifs numériques (CARF). Pour Mary Baine, le succès de cette initiative constituerait une avancée majeure pour l’Afrique dans sa quête d’une coopération fiscale plus efficace et plus autonome.

En clôture de son intervention, la responsable de l’ATAF a réaffirmé l’engagement de l’organisation à poursuivre son soutien à l’Initiative Afrique et à travailler étroitement avec le Forum mondial, les institutions régionales et les partenaires internationaux afin de transformer les défis actuels en nouvelles réussites pour le continent.

À travers les résultats présentés dans le rapport 2026, la transparence fiscale apparaît désormais comme un outil stratégique de mobilisation des ressources intérieures. Pour les pays africains confrontés à des besoins croissants de financement du développement, l’échange de renseignements et la coopération fiscale internationale ne relèvent plus seulement de la conformité aux standards mondiaux : ils deviennent des instruments essentiels de souveraineté budgétaire et de développement économique durable.