Accès au capital : Le Nigeria ouvre la Bourse aux titres tokenisés
Le Nigeria franchit une nouvelle étape dans la modernisation de ses marchés financiers. Le régulateur des marchés de capitaux a autorisé la négociation d’actions et d’obligations tokenisées sur la plateforme de gré à gré NASD OTC Securities Exchange, ouvrant la voie à l’utilisation de la blockchain pour l’émission, l’échange et le règlement de titres financiers.
Cette décision place la première économie d’Afrique parmi les marchés du continent les plus avancés dans l’intégration des actifs numériques aux infrastructures financières traditionnelles. Les opérations seront réalisées sur une infrastructure technologique développée par la société canadienne Blockstation, tandis que les transactions continueront d’être exécutées par des courtiers agréés sous la supervision de la Securities and Exchange Commission (SEC).
La tokenisation consiste à représenter des actions ou des obligations sous forme de jetons numériques inscrits sur une blockchain, remplaçant les registres traditionnels. Cette architecture permet de fractionner les titres, réduisant ainsi le coût d’entrée pour les investisseurs particuliers, tout en raccourcissant les délais de compensation et de règlement, qui deviennent quasiment instantanés contre plusieurs jours sur les marchés classiques.
NASD entend faire de cette innovation un nouvel outil de financement pour les petites et moyennes entreprises, confrontées à un accès limité au crédit bancaire. « Les titres numériques offrent une voie plus rapide, moins coûteuse et crédible d’accès au financement », a déclaré la directrice générale par intérim de la plateforme, Chinwendu Ekeh. Selon une étude du cabinet Stears publiée en mai, seulement 4 % des quelque 40 millions de très petites, petites et moyennes entreprises nigérianes bénéficient d’un crédit bancaire formel.
Cette initiative s’inscrit dans la stratégie du gouvernement visant à faire de la finance numérique un moteur de développement du marché des capitaux. La loi sur les investissements et les valeurs mobilières, entrée en vigueur en mars 2025, a consolidé le cadre juridique des actifs virtuels en confirmant les compétences de la SEC sur les actifs numériques liés aux marchés financiers. Le président Bola Tinubu a également institué un Conseil des actifs virtuels, placé sous la présidence de la Banque centrale du Nigeria (CBN), afin de coordonner les autorités de régulation.
Le lancement intervient alors que le marché NASD connaît une forte expansion. Dédiée aux sociétés non cotées à la Nigerian Exchange (NGX), la plateforme a vu sa capitalisation plus que doubler en 2025, atteignant 2.120 milliards de nairas (environ 1,56 milliard de dollars), contre 1.030 milliards un an auparavant. Elle comptait 46 valeurs admises à la cote en mai.
Le mouvement dépasse désormais les frontières nigérianes. Fin juillet, la Bourse de Nairobi a conclu un partenariat avec l’émetteur de stablecoins Tether afin d’expérimenter la tokenisation des actifs et le règlement instantané des transactions. Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), aucun cadre réglementaire spécifique n’a encore été adopté, même si la BCEAO a engagé les premières réflexions avec les acteurs du secteur lors d’une rencontre organisée en mai à Dakar.
À Lagos, la première offre publique de titres tokenisés est attendue dès le début du mois de septembre. Pour les autorités et les opérateurs de marché, cette évolution marque moins une innovation technologique qu’une transformation des mécanismes de levée de capitaux, avec l’ambition d’attirer une nouvelle génération d’investisseurs et de diversifier les sources de financement des entreprises.
Les plus lus - Finance
-
Sénégal : Le nouveau président s’engage contre la corruption
-
Cryptomonnaies : l’Afrique du Sud s’apprête à accorder des licences à 60 sociétés de trading
-
Afrique du sud : Le rand chute en début de séance
-
Afrique du sud : Le rand reste inchangé ce jour
-
Devises : Le rand sud-africain, le shilling kenyan et ougandais se renforcent
