Dépenses publiques : Le Soudan mise sur le numérique pour reprendre le contrôle
Le Soudan engage une nouvelle bataille sur le front des finances publiques. Le ministre d’État aux Finances, Mohamed Nour Abdeldaim, a annoncé le 8 août le lancement de Nazaha, un système national numérique dédié aux marchés publics et à la passation des contrats de l’État. L’objectif est de réduire les procédures papier, renforcer la transparence et instaurer des conditions de concurrence plus équitables dans l’attribution des marchés publics.
Présentée par le gouvernement comme une réforme majeure de la gestion des dépenses, la plateforme doit permettre de mieux tracer les procédures et de limiter les risques de pratiques opaques dans l’utilisation des ressources publiques. Le ministre y voit un dispositif aligné sur les standards internationaux de gouvernance et de gestion financière.
Nazaha s’inscrit dans un chantier plus vaste de modernisation des finances publiques soudanaises. Les autorités travaillent parallèlement à une réforme budgétaire, à la mise en place d’un Compte unique du Trésor et à la numérisation de la gestion financière de l’administration.
L’enjeu est particulièrement critique pour un État dont les capacités budgétaires ont été lourdement affectées par la guerre. La dématérialisation des marchés publics doit notamment améliorer le suivi des engagements de l’État, renforcer la traçabilité des dépenses et, à terme, contribuer à une allocation plus efficace de ressources devenues extrêmement rares.
Pour Khartoum, la transformation numérique constitue ainsi moins un simple projet administratif qu’un instrument de reprise en main de la chaîne de la dépense publique.
La réforme intervient dans une économie dévastée par le conflit déclenché en avril 2023. Selon la Banque mondiale, le PIB réel soudanais s’est contracté de 29,4% en 2023, avant de reculer encore d’environ 14% en 2024.
La dégradation des finances publiques est tout aussi brutale. Les recettes de l’État, qui représentaient environ 10% du PIB en 2022, sont tombées à moins de 5% en 2024-2025. Dans ce contexte, chaque ressource mobilisée devient stratégique et la capacité de l’administration à contrôler les dépenses prend une importance accrue.
Le lancement de Nazaha intervient donc alors que Khartoum doit simultanément restaurer ses institutions, préserver des recettes fiscales en chute libre et financer une économie fragilisée par le conflit.
Au-delà de la modernisation administrative, le pari est celui de la crédibilité financière. En automatisant les procédures de marchés publics, les autorités cherchent à réduire les zones d’opacité susceptibles d’alourdir le coût des contrats et de fragiliser la confiance dans la gestion budgétaire.
Pour un pays confronté à l’effondrement de ses recettes et à une forte pression sur ses finances, la numérisation devient ainsi un outil de discipline budgétaire. Mais l’efficacité de Nazaha dépendra surtout de son déploiement effectif, de la capacité de l’administration à l’utiliser et des mécanismes de contrôle qui accompagneront la plateforme.
Dans un Soudan en guerre, la réforme numérique devra donc démontrer qu’elle peut transformer la transparence administrative en économies budgétaires concrètes.
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