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Finances publiques : l’Égypte s’attaque aux dettes croisées

L’Égypte accélère le règlement des dettes croisées accumulées entre ses administrations publiques, alors que le gouvernement cherche à assainir les bilans des organismes d’État et à réduire les pressions sur le budget. Le Premier ministre Mostafa Madbouli a présidé mercredi 19 août une réunion consacrée au règlement des déséquilibres financiers entre le ministère des Finances et l’Autorité générale des approvisionnements en denrées stratégiques.

Le dossier illustre un problème plus large pour les finances publiques égyptiennes : l’accumulation, parfois sur plusieurs décennies, de créances et d’obligations entre ministères et organismes publics complique la lecture des comptes de l’État et pèse sur leur capacité opérationnelle.

Le gouvernement veut désormais traiter ces passifs historiques de manière plus systématique, avec pour objectif de renforcer la situation financière des organismes publics, d’améliorer leur efficacité et de limiter les effets de ces déséquilibres sur le budget général.

Mostafa Madbouli a fait du règlement de ces déséquilibres une priorité, estimant que leur accumulation réduit la capacité des administrations à assurer leurs missions et à améliorer les services publics.

Plusieurs réunions ont déjà été organisées pour traiter ces situations financières, dont certaines remontent aux années 1980. Le gouvernement cherche ainsi à solder des engagements accumulés sur plusieurs décennies plutôt que de continuer à les reporter d’un exercice budgétaire à l’autre.

Cette stratégie s’est déjà traduite par la signature d’un protocole de coopération entre les ministères des Finances, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, ainsi que de la Planification et du Développement économique. L’accord porte notamment sur le financement de la création de 11 universités communautaires publiques.

Deux accords-cadres ont également été conclus pour traiter d’autres déséquilibres financiers historiques entre organismes publics.

L’objectif est de restaurer les équilibres financiers des entités concernées et réduire la pression sur le budget de l’État, alors que Le Caire cherche à améliorer l’efficacité de sa dépense publique et à mobiliser plus efficacement ses actifs.

Le cas de l’Autorité générale des approvisionnements en denrées stratégiques est particulièrement sensible. L’organisme, chargé de sécuriser l’approvisionnement du pays en produits de première nécessité, doit maintenir des stocks suffisants tout en participant à la mise en œuvre de la politique de subvention alimentaire.

Le ministre de l’Approvisionnement, Cherif Farouk, a présenté les facteurs ayant contribué à l’accumulation de la dette de l’Autorité envers le ministère des Finances.

La hausse des coûts d’importation de certaines denrées subventionnées a notamment aggravé la situation. Les perturbations géopolitiques et les crises régionales ont renchéri les importations, augmentant mécaniquement le coût de dispositifs publics destinés à maintenir l’accès des ménages aux produits essentiels.

Cette équation est particulièrement délicate pour l’Égypte, qui dépend fortement des importations pour couvrir une partie de ses besoins alimentaires. Une hausse des prix internationaux se traduit donc rapidement par une augmentation de la facture budgétaire lorsque l’État cherche à préserver le pouvoir d’achat des ménages.

Le ministère des Finances a confirmé la mise en place d’une coordination renforcée entre les différentes institutions afin de traiter les déséquilibres financiers dans le cadre de la réforme structurelle des finances publiques.

Le gouvernement entend également améliorer l’utilisation des actifs de l’État et diversifier les mécanismes de financement des organismes publics. L’objectif est de réduire leur dépendance aux transferts budgétaires et d’améliorer leur capacité à fonctionner sur des bases financières plus solides.

La démarche s’inscrit dans un effort plus large d’assainissement des finances publiques. Pour Le Caire, solder les créances croisées ne revient pas uniquement à déplacer des montants d’un compte public à un autre : il s’agit de clarifier les engagements réels de l’État, réduire les passifs accumulés et améliorer la transparence financière des organismes publics.

Le dossier de l’Autorité des approvisionnements sera donc un test important. Son règlement devra permettre de préserver les stocks stratégiques et l’approvisionnement en produits essentiels tout en évitant que le coût de la politique alimentaire ne continue de se traduire par de nouvelles dettes entre administrations.

À terme, le gouvernement veut transformer ces opérations de compensation en un véritable processus d’assainissement. Une condition nécessaire pour rendre les organismes publics plus autonomes, optimiser la dépense et donner davantage de visibilité aux finances de l’État égyptien.