Électricité : le marché ouest-africain franchit un cap
L’Afrique de l’Ouest accélère son intégration électrique. Plus de 4 000 kilomètres de lignes à haute tension relient désormais les réseaux de 15 pays, posant les bases d’un marché régional capable de mieux répartir l’électricité, de réduire les coûts de production et de soulager les finances fragiles des compagnies publiques.
Selon la Banque mondiale, cette infrastructure permet aux opérateurs d’échanger de l’électricité au-delà des frontières. Le commerce régional représente aujourd’hui environ 8% de la production électrique de la région, un niveau qui rapproche l’Afrique de l’Ouest de la moyenne observée dans l’Union européenne, comprise entre 10% et 12%.
Derrière ces chiffres se joue un enjeu financier majeur. Pendant des années, plusieurs pays disposaient de capacités de production excédentaires, tandis que leurs voisins faisaient face à des pénuries. Faute de lignes de transport, de contrats commerciaux et de mécanismes de règlement adaptés, cette électricité ne pouvait pas circuler. Les excédents restaient inexploités, alors que les pays déficitaires recouraient à des centrales thermiques coûteuses, souvent alimentées au fioul ou au diesel.
La stratégie régionale vise précisément à corriger cette aberration économique. Entre 2019 et 2025, la modernisation des réseaux de transport et de distribution a permis à plus de trois millions de personnes au Burkina Faso, en Guinée, au Liberia, au Sénégal, en Sierra Leone et en Gambie d’accéder aux services électriques, indique la Banque mondiale.
Cette progression intervient dans une région confrontée à des déficits persistants, à une envolée des coûts de production et à la dégradation de la situation financière des sociétés nationales d’électricité. Ces difficultés pèsent directement sur les ménages, les entreprises et les budgets publics, contraints de multiplier les subventions pour maintenir les tarifs à un niveau supportable.
Les principales interconnexions régionales commencent à produire des effets concrets. Il s’agit notamment de la ligne Côte d’Ivoire–Liberia–Sierra Leone–Guinée, de la boucle Guinée–Guinée-Bissau–Gambie–Sénégal et de l’interconnexion Sénégal–Mali.
En Guinée-Bissau, la boucle régionale a permis à la compagnie nationale EAGB de ramener son coût de production d’environ 25 cents de dollar par kilowattheure à 11 cents. Cette baisse de plus de moitié améliore considérablement la viabilité financière de l’opérateur et réduit la pression exercée sur les finances publiques.
La compagnie gambienne NAWEC a, de son côté, réalisé des économies d’environ 42% et renoué avec la rentabilité. Une évolution stratégique pour un opérateur longtemps pénalisé par le coût élevé de la production thermique et par la faiblesse de ses capacités financières.
Le Liberia et la Sierra Leone profitent également de l’électricité produite en Côte d’Ivoire. Grâce à cette interconnexion, leurs coûts de production ont diminué de 10% à 20%, selon la Banque mondiale. Pour ces deux pays, l’importation d’électricité devient ainsi une alternative financièrement plus rationnelle que le fonctionnement de centrales locales coûteuses et peu performantes.
L’intégration ne repose toutefois pas uniquement sur des câbles. Elle exige aussi des règles communes, des contrats fiables et des mécanismes de marché capables de sécuriser les transactions entre opérateurs.
La Banque mondiale indique que les régulateurs ont approuvé, fin 2025, les tarifs d’un nouveau marché de l’électricité à terme. Le Pool électrique ouest-africain a également achevé son premier essai de synchronisation du réseau, avec des flux ininterrompus dans 12 pays.
La Banque mondiale prévoit ainsi de poursuivre le développement du commerce transfrontalier, le renforcement des finances des compagnies publiques et l’extension de l’accès à l’électricité. L’Afrique de l’Ouest dispose désormais d’une première architecture régionale. Reste à transformer ces lignes électriques en véritable marché intégré, capable de convertir les excédents de production en revenus, les économies de coûts en investissements et l’électricité en moteur durable de croissance.
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