Crédit privé en Afrique : un marché en forte accélération
Le crédit privé commence à s’imposer dans le paysage financier africain. Encore embryonnaire il y a quelques années, le marché représentait 5,6 milliards de dollars d’actifs sous gestion à fin 2025, contre 1,8 milliard en 2020, selon un rapport publié mardi 8 septembre par Moody’s. En cinq ans, les encours ont ainsi plus que triplé, une dynamique appelée à se poursuivre alors que les entreprises et les projets d’infrastructures recherchent des alternatives au crédit bancaire traditionnel.
Le « private credit » repose sur des prêts accordés directement par des fonds spécialisés à des entreprises ou à des projets, en dehors des marchés obligataires publics. Contrairement au « private equity », ces fonds ne prennent pas nécessairement de participation au capital : ils restent créanciers et tirent principalement leurs revenus des intérêts versés sur les montants prêtés. Les deux activités relèvent du capital privé, mais répondent à des logiques de financement différentes.
La dette privée permet notamment de structurer des prêts sur mesure, en ajustant maturité, remboursements ou garanties au profil de l’emprunteur. Un modèle particulièrement adapté à l’Afrique, où les marchés obligataires restent étroits dans de nombreux pays et où les banques peuvent hésiter à immobiliser leurs ressources sur de longues périodes, notamment pour financer les infrastructures ou les entreprises de taille intermédiaire.
Moody’s estime que la demande devrait rester soutenue par le déficit persistant de financement du continent, notamment pour les infrastructures, les PME et les entreprises moyennes. La faible profondeur des marchés financiers renforce cette pression : en 2024, la capitalisation boursière africaine représentait environ 33 % du PIB, contre 61 % dans les économies émergentes et 113 % à l’échelle mondiale.
Un marché de dette encore dépendant des institutions de développement
Les données de l’African Private Capital Association (AVCA) confirment l’intérêt croissant pour cette classe d’actifs. En 2025, le nombre d’opérations de dette privée recensées en Afrique a progressé de 57 % sur un an, atteignant un niveau record.
Cette hausse doit toutefois être distinguée de celle du capital privé africain dans son ensemble. Les 5,1 milliards de dollars investis à travers 530 transactions recensées par l’AVCA en 2025 couvrent plusieurs stratégies, dont le capital-investissement, le capital-risque et la dette privée. Ils ne constituent donc pas une mesure du seul marché du crédit privé.
Celui-ci reste, selon Moody’s, fortement dépendant des institutions de financement du développement. Les banques multilatérales et bilatérales peuvent investir dans des fonds de dette, garantir certaines opérations ou absorber une partie des risques via des structures de financement mixte. Leur présence peut ainsi rendre certaines tranches suffisamment sûres pour attirer ensuite les fonds de pension, les assureurs ou d’autres investisseurs institutionnels.
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