Transferts des MRE : le Maroc face à une nouvelle menace financière
Alors que les transferts des Marocains résidant à l’étranger battent des records, le Groupe d’action financière (GAFI) documente une mutation profonde des circuits de la banque souterraine. Celle-ci ne repose plus seulement sur les espèces et la confiance communautaire, mais de plus en plus sur les infrastructures de paiement légales. Pour le Maroc, où la hawala est déjà interdite, l’enjeu n’est donc plus de légiférer davantage, mais de renforcer la capacité de détection à l’intersection de l’informel, de la fintech et de l’immobilier.
Et si la principale menace pour les 122 milliards de dirhams (MMDH) de transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) n’était plus le hawaladar du quartier, mais un vIBAN ouvert à Berlin et soldé en stablecoins ?
Alors que les transferts des MRE ont atteint 122,02 MMDH en 2025 et que les sept premiers mois de 2026 affichent déjà 74,78 milliards, en hausse de 8,1 %, le GAFI publie un rapport qui ne parle pas uniquement du Maroc. Mais le royaume est directement concerné.
Le document, intitulé Investigating Professional Money Laundering, Underground Banking, and the Use of Hawala and Other Similar Service Providers, ne cite Casablanca, Tanger ou Rabat qu’à travers un seul exemple : un réseau de blanchiment lié au trafic de cocaïne entre la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, le Maroc, l’Amérique du Sud et Dubaï. Des espèces y étaient transportées puis réglées en valeur équivalente au Maroc avant d’être investies dans l’immobilier de luxe en Europe et au Maroc. Un cas périphérique, mais qui illustre un rôle déjà connu des autorités marocaines : celui de plaque tournante de compensation pour des flux opaques.
Pour un pays où la hawala — système informel de transfert d’argent fondé sur la confiance et un réseau de courtiers — est illégale, où l’Office des changes et Bank Al-Maghrib réservent les opérations de change et de transfert aux établissements agréés, et où les réseaux de change illicite font régulièrement l’objet d’opérations, la question n’est donc plus de savoir si la hawala existe. Elle est de déterminer si le Maroc a pris la mesure de sa transformation.
Le premier mérite du rapport est de déconstruire un mythe : la hawala n’est pas, en elle-même, une activité criminelle. Elle peut répondre à des besoins légitimes de transfert, notamment pour les diasporas. Mais, dans la plupart des pays, sa fourniture non enregistrée constitue une infraction, et le GAFI recommande précisément d’exiger une licence ou un enregistrement. C’est déjà, en théorie, le cadre marocain.
La nouveauté n’est donc pas juridique. Elle est opérationnelle. Le rapport constate que le blanchiment professionnel via la banque souterraine n’est plus l’apanage des seuls trafiquants de drogue ou de la contrebande. Il sert désormais d’infrastructure à une économie criminelle élargie : fraude, cybercriminalité, corruption, évasion fiscale, travail non déclaré et jeux illégaux.
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