Gambie : un nouveau plan pour faire des femmes les piliers de la transition énergétique
La Banque africaine de développement (BAD), en partenariat avec le ministère gambien du Genre, de l’Enfance et de la Protection sociale et avec l’appui des Fonds d’investissement climatiques (FIC), a dévoilé un nouveau rapport qui place les femmes au cœur de la transition énergétique du pays. Cette initiative vise à transformer durablement le secteur des énergies renouvelables en faisant des femmes des actrices à part entière de son développement.
Intitulé « Les femmes, partenaires clés : stratégie et plan d’action en matière d’énergies renouvelables favorisant l’égalité de genre en Gambie », le rapport publié en juin propose une feuille de route destinée à réduire les inégalités persistantes dans l’accès à l’énergie et dans la participation des femmes au secteur énergétique. Il ambitionne également de combler l’écart entre les politiques nationales favorables à l’égalité de genre et leur mise en œuvre effective sur le terrain.
L’étude met en évidence les difficultés auxquelles les femmes gambiennes sont confrontées, notamment dans les zones rurales. Près de 90 % des ménages utilisent encore le bois de chauffage et le charbon de bois pour la cuisson, tandis que seulement 1,7 % de la population bénéficie de combustibles ou de technologies de cuisson propres. L’accès à l’électricité demeure également très inégal, atteignant environ 85 % dans les centres urbains contre seulement 35 à 40 % dans les zones rurales.
Malgré leur rôle central dans la gestion énergétique des ménages, les femmes restent largement sous-représentées dans les institutions du secteur. À la National Water and Electricity Company (NAWEC), elles n’occupent qu’environ 1 % des postes. Le rapport souligne que les obstacles à leur participation sont multiples : accès limité au financement, à la formation technique, aux terres et aux marchés, mais aussi poids des normes socioculturelles, restrictions de mobilité et faible présence dans les filières scientifiques et technologiques.
Pour répondre à ces défis, le plan d’action prévoit cinq axes prioritaires : le renforcement des politiques publiques et de la gouvernance, le développement des compétences à travers des bourses et des programmes de mentorat, l’amélioration de l’accès aux financements, l’intensification de l’engagement communautaire et le renforcement des partenariats nationaux et internationaux. Il prévoit également la revitalisation du Centre gambien des énergies renouvelables afin d’en faire un pôle d’innovation et de compétences dédié notamment aux femmes.
L’élaboration du rapport repose sur une vaste consultation nationale comprenant une enquête auprès de 279 personnes, dont 67 % de femmes, des groupes de discussion, des entretiens avec des acteurs clés ainsi que des dialogues relayés par les radios communautaires dans les sept régions du pays.
Au-delà du diagnostic, le document met en lumière les initiatives déjà portées par des femmes dans le secteur, qu’il s’agisse de coopératives spécialisées dans l’installation de panneaux solaires ou d’entreprises produisant des fourneaux propres et des briquettes écologiques.
La mise en œuvre du plan est prévue sur la période 2026-2030 sous la coordination du ministère gambien du Genre, de l’Enfance et de la Protection sociale, en collaboration avec le ministère du Pétrole et de l’Énergie ainsi que plusieurs partenaires techniques et financiers.
Pour Nathalie Gisabo Gahunga, responsable du genre et de l’autonomisation des femmes à la Banque africaine de développement, l’enjeu est de garantir une participation pleine et entière des femmes à la transition énergétique. Elle estime que les progrès enregistrés dans le développement des énergies renouvelables en Gambie doivent désormais s’accompagner d’une meilleure intégration des femmes grâce à des formations adaptées, du mentorat et des politiques sensibles au genre.
Même son de cloche du côté des autorités gambiennes. Lors de l’atelier de validation du rapport, Saikou JC Trawally, secrétaire permanent adjoint au ministère du Genre, a qualifié cette étude d’étape majeure vers un avenir énergétique durable. Il a appelé l’ensemble des acteurs publics, privés et de la société civile à contribuer à la construction d’un cadre énergétique inclusif répondant aux réalités spécifiques du pays.
De son côté, Foday Sanyang, représentant du ministère du Pétrole, a réaffirmé l’engagement du gouvernement à intégrer systématiquement la dimension genre dans les projets énergétiques. Selon lui, le développement des énergies renouvelables constitue une réponse stratégique à la demande croissante d’électricité, à condition de tenir compte des besoins différenciés des femmes et des hommes.
À travers cette initiative, la Gambie entend démontrer que la transition énergétique ne peut être pleinement réussie sans la participation active des femmes. Le rapport ouvre ainsi la voie à une approche plus inclusive du développement énergétique, où l’égalité de genre devient un levier essentiel de croissance durable et de résilience climatique.
Elom LOKONON
Avez-vous des informations à transmettre aux journalistes d’Africa3i ? Envoyez-nous un e-mail à africa3info@gmail.com
Les plus lus - Electricité
-
Infrastructures énergétiques : Genesis Energy Group signe un partenariat avec la BOAD
-
Siege de la Banque africaine de l’énergie : Les prétendants s’annoncent
-
Projet solaire au Zimbabwe : SkyPower et ZETDC signent des accords
-
Energies renouvelables : La Namibie reçoit 138,5 millions USD de la Banque mondiale
-
Afrique du Sud-Energie : Standard Bank reçoit 300 millions $ de la SFI
