Maroc : la BAD débloque 205 millions d’euros pour la modernisation du rail
La Banque africaine de développement (BAD) renforce son soutien à la transformation du réseau ferroviaire marocain avec un prêt de 205 millions d’euros destiné au Projet d’appui au développement des infrastructures ferroviaires (PADIF 2026-2030), porté par l’Office national des chemins de fer (ONCF). Le financement représente près de 38 % d’un programme évalué à 540,5 millions d’euros et cible en priorité les équipements nécessaires à la modernisation du corridor Kénitra-Marrakech.
L’intervention de la BAD est concentrée sur un segment stratégique du programme : la fourniture et l’installation des équipements de superstructure indispensables à la mise en service des infrastructures ferroviaires. Plus de 97 % des dépenses éligibles, soit 434,6 millions d’euros, seront consacrés à l’achat et à la pose de rails, de traverses en béton, d’appareils de voie, de dispositifs de dilatation et de ballast. Le solde financera notamment la maîtrise d’ouvrage, le suivi de l’exécution et l’évaluation du projet.
Ce ciblage répond à un enjeu opérationnel et financier majeur pour l’ONCF. Dans un contexte de volatilité des cours des matières premières et d’accélération des chantiers, la disponibilité des composants critiques est devenue déterminante pour éviter les ruptures d’approvisionnement et les retards de livraison. Le financement de la BAD doit ainsi sécuriser les achats stratégiques tandis que les travaux de génie civil se poursuivent en parallèle.
Les équipements financés s’inscrivent dans le vaste programme de développement du corridor Kénitra-Marrakech, dont le coût est estimé à 53,27 milliards de dirhams. Le projet doit notamment accompagner la future ligne à grande vitesse, renforcer les lignes classiques autour du hub ferroviaire de Casablanca et améliorer les capacités dédiées au transport de marchandises.
Le fret constitue l’un des principaux leviers économiques de cette transformation. L’ONCF a transporté 23,2 millions de tonnes de marchandises en 2025, confirmant la place croissante du rail dans la logistique marocaine et son rôle potentiel dans la réduction des coûts de transport et l’amélioration de la compétitivité des chaînes d’approvisionnement.
Le financement de la BAD bénéficie par ailleurs de conditions relativement favorables, avec une maturité de 20 ans et un différé d’amortissement de cinq ans. L’ONCF ne devrait ainsi commencer à rembourser le principal qu’à partir de 2031. Le premier décaissement reste toutefois conditionné au respect de plusieurs exigences de gouvernance, notamment la création d’un comité de pilotage technique et la désignation des responsables de l’unité chargée de la gestion du projet.
Au-delà du financement des infrastructures, la BAD accompagne également la constitution d’une base industrielle ferroviaire au Maroc. Son évaluation souligne les progrès réalisés en matière de transfert de compétences dans le cadre du partenariat avec la SNCF. La maintenance de la ligne à grande vitesse est désormais assurée intégralement par environ 200 cheminots marocains, un effectif appelé à atteindre 350 agents. Le Royaume vise également une autonomie complète dans la maintenance du matériel roulant à l’horizon 2035.
Cette montée en compétences s’appuie sur l’Institut de formation ferroviaire (IFF), créé en 2015, qui dispense plus de 140 modules couvrant les métiers de l’exploitation et de la maintenance des infrastructures.
En parallèle, l’ONCF cherche à attirer des investissements industriels et à structurer une chaîne de valeur locale. Un partenariat avec la Corée du Sud prévoit notamment l’implantation d’une usine ferroviaire à Benguérir dans le cadre de l’acquisition d’une centaine de trains régionaux. Alstom développe également ses activités industrielles au Maroc, notamment à Fès, où la production de faisceaux de câblage et d’armoires électriques destinés aux trains exportés doit monter en puissance.
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